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Me Harry Allouche

Entrevue réalisée par Delphine Charmet, septembre 2015

Me Harry Allouche est membre du Barreau du Québec depuis 2014 et du Barreau de Paris depuis 2015. Il est actuellement associé au sein du Cabinet d’avocats parisien Alto Avocats qu’il a fondé avec deux confrères en 2015. Il a accepté de partager avec Cheminement Équivalences son parcours atypique dans notre rubrique « Rencontre avec ».

1) Quel a été ton parcours avant d’arriver au Québec?

 

Avant d’arriver au Québec, j’ai suivi des études en France. J’ai passé un Baccalauréat scientifique (S) et j’ai ensuite fait deux années de médecine.

 

À la même époque, mon frère étudiait en droit et m’avait encouragé à le rejoindre dans ce parcours qu’il me promettait sur mesure pour moi. J’ai donc décidé de me tourner vers cette matière. Dans la mesure où j’ai eu de bons résultats en médecine, j’ai pu suivre les deux premières années de droit en même temps.

 

J'ai suivi un Master 2 « Juriste d’affaires franco-anglais » à l’Université Paris-Sud 11. Il y avait un partenariat avec l’Université de Montréal mais je n’ai pas effectué ce voyage.

 

Ensuite j’ai préparé un Master Spécialisé à l’EDHEC Business School de Lille et j’ai passé l’examen d’entrée au Centre Régional de Formation Professionnelle des Avocats (CRFPA) en parallèle. Néanmoins, pour des raisons diverses, je ne l’ai pas réussi.

 

2) Pourquoi avoir choisi d’immigrer au Québec?

 

À la suite de mon échec au CRFPA, j’ai décidé de partir à Montréal avec des amis. Quelqu’un m’avait dit qu’il était possible de passer le Barreau là-bas puis de revenir exercer ensuite en France.

 

3) Qu’est ce qui t’as poussé à te lancer dans les équivalences?

 

J’avais envie de devenir avocat et j’ai eu l’opportunité de partir à Montréal. Je n’avais pas eu la chance de donner une dimension internationale à mon cursus, j’ai donc saisi cette opportunité qui se présentait. C’est comme ça que l’idée de faire les équivalences est venue naturellement.

 

4) Peux-tu nous résumer ton parcours d’équivalences?

 

L’Université – Selon la décision du Comité des Équivalences, je devais suivre 15 cours. J’ai présenté ma demande au Comité des Équivalences avant de partir pour Montréal mais j’ai reçu ma décision alors que j’avais déjà commencé les cours au certificat. Cela n’a posé aucun problème puisque j’avais choisi des matières de base pour ne pas faire d’erreur dans mon parcours. Je suis arrivé à Montréal pendant la session d’été et j’ai pris 2 cours. Ensuite, je suis rentré en vacances en France pour un mois et demi. Je suis revenu pour la session d’automne où j’ai pris 5 cours. J’ai ensuite pris 6 cours à la session d’hiver et 2 cours à la session d’été suivante.

 

J’ai très bien réussi le parcours d’équivalences. J’ai trouvé que les cours au certificat étaient tout à fait abordables et je n’ai pas connu de difficultés particulières à ce moment-là. J’ai eu une moyenne de 4.00 (A) à l’Université.

 

4 ou 8 mois – J’ai obtenu R-4 à l’évaluation diagnostique de l’École du Barreau, c’est-à-dire la forte recommandation de faire l’École en huit mois plutôt que quatre. Mais j’ai tout de même fait l’École en quatre mois. En effet, je voulais aller vite dans ce processus et j’avais hâte d’être avocat. J’ai fait la formation professionnelle à l’automne. J’ai su par la suite que pour les candidats étrangers, il était automatiquement conseillé de faire un programme en 8 mois. Je recommande pour un étudiant français ayant eu un niveau master 2 de le faire en 4 mois car ce sera à sa portée. Les différences entre les deux cursus, c’est évidemment la durée, mais aussi le prix plus important sur huit mois et surtout des cours et un rythme beaucoup plus intense en vue d’un examen final de sortie au bout de quatre mois.

 

Barreau - J’avais un visa étudiant durant la formation professionnelle de l’École du Barreau. J’ai trouvé que les 4 mois étaient largement suffisants mais je suis vraiment content d’avoir eu cours le matin, en effet, l’après-midi a été précieuse pour moi pour travailler mes annexes. Je ne garde pas vraiment de mauvais souvenirs de l’École du Barreau mais il faut savoir que c’est très exigeant. Il y a une grosse différence de niveau entre les cours du certificat et les cours de l’École du Barreau et cela n’a pas du tout été facile.

En revanche, j’ai trouvé que les professeurs étaient excellents, qu’ils étaient là pour nous aider et qu’ils ont toujours répondu à nos questions.

 

Examens – J’ai trouvé le niveau assez élevé mais je l’ai eu du premier coup. J’ai obtenu une moyenne de 67.5 / 100 (13.5/20). Si on travaille sérieusement, on obtient le sésame.

 

Stage – Je n’ai pas fait la course aux stages. J’ai postulé dans les grands cabinets mais je n’ai pas pu y rentrer puisque le seul moyen était de passer par cette fameuse course. Il existe la possibilité de faire son stage en France auprès d’un avocat inscrit depuis plus de cinq ans au Barreau du Québec. Mais je n’ai pas fait ça. J’ai pris la liste de tous les avocats du Barreau et j’ai envoyé ma candidature à tout le monde. Je n’ai eu presque que des refus malgré un CV bien fourni. J’ai trouvé un stage environ un ou deux mois après la fin de l’École mais je conseillerais aux étudiants de commencer à chercher un stage dès l’entrée à l’Ecole du Barreau. Finalement, j’ai pu faire mon stage auprès de Me Charles Abelson. Il a été parfait avec moi, un véritable mentor. Ce dernier m’a laissé une grande latitude dans mon travail. C’est un cabinet généraliste anglophone et j’ai eu l’occasion de plaider trois ou quatre fois à la Cour Supérieure. Mon stage s’est terminé en été et j’ai prêté serment en septembre. J’ai beaucoup apprécié mon maître de stage avec qui je suis toujours en contact. Pour les inscriptions à la prestation de serment, le processus est efficace et rapide. J’ai beaucoup aimé la cérémonie d’assermentation que j’ai trouvée conviviale et chaleureuse.

 

5) Si tu le pouvais, que referais-tu différemment?

 

Rien de particulier. J’ai tout fait le plus vite possible et je n’aurais pas pu mieux faire. J’ai habité exactement à l’endroit où je le voulais et j’ai eu beaucoup de chance.

 

Le seul regret, qui n’a rien à voir avec mon parcours d’équivalences, c’est peut être de ne pas avoir voyagé davantage au Canada qui offre des destinations incroyables, à l’instar de Tadoussac et ses célèbres baleines !

 

6) Quel a été ton parcours depuis l’obtention de ton titre professionnel?

 

Immédiatement après l’obtention de mon titre, je suis rentré à Paris. J’ai dû me rapprocher du Conseil National des Barreaux (CNB) pour bénéficier de l’Accord de Reconnaissance Mutuelle (ARM) qui existe entre le Québec et la France pour la profession d’avocat. Je qualifierais cette étape de compliquée et particulièrement longue. Ils demandent une tonne  de documents et notamment, une attestation qui confirme que le candidat est effectivement avocat au Barreau du Québec. Cette attestation est en réalité fournie par le Barreau du Québec et coûte 200,00$.

 

Il y a seulement deux sessions dans l’année et elles sont espacées de six mois donc il faut vraiment faire attention aux dates ! Au minimum, il faut s’y prendre trois mois à l’avance car ils mettent au moins deux mois à étudier le dossier.

 

Ensuite, il faut passer un examen de déontologie à l’oral à l’EFB si on est à Paris. Cet examen dure 15 minutes. Il faut toujours préciser que l’on passe par l’article 100 de l’ARM, sans quoi, on a beaucoup plus de matières à passer.

 

J’ai trouvé cet examen plutôt difficile, les examinateurs, au nombre de trois, ont été vraiment très exigeants et m’ont posé les questions les plus difficiles. Le programme est trop large à mon sens. Pour passer il faut avoir 10/20 et c’est la note que j’ai eu. Au final, j’ai constaté un fort taux d’échec à cet examen.

 

Ensuite, j’ai pu prêter serment et m’inscrire au Tableau de l’Ordre des avocats de Paris.

 

7) Que fais-tu aujourd’hui?

 

Tout de suite en rentrant, j’ai monté mon propre cabinet d’avocats, Alto Avocats, avec deux autres avocats. Nous sommes donc trois associés. Nous sommes déjà en train de nous agrandir et nous avons dû déménager dans des locaux plus grands. Ce cabinet est spécialisé en droit des affaires avec une dominante orientée vers le droit des start-up et les investissements privés.

 

8) Quelles sont les difficultés auxquelles tu te confrontes?

 

Je ne rencontre pas de difficultés particulières. Les gens aiment beaucoup et ont confiance dans le Barreau du Québec, surtout grâce à l’Accord de Libre-Échange Canada/Union Européenne signé l’année dernière. Cela m’apporte donc une grande plus-value.
 

9) Quels sont tes projets?

 

Mon projet principal est de développer mon cabinet. Je veux créer plus de partenariats avec des cabinets au Québec. J’aimerais développer encore mieux l’axe franco-québécois pour les start-up.

 

10) Quels conseils donnerais-tu à nos membres?

 

Je donnerais plusieurs conseils. Tout d’abord, il ne faut pas croire tout ce qu’on nous dit car il peut y avoir beaucoup d’erreurs et il vaut mieux tout vérifier.

 

Ensuite, je conseillerais à vos membres de ne jamais s’y prendre au dernier moment car certaines procédures peuvent être très longues et on peut être surpris des délais.

 

En outre, je considère qu’il est primordial d’entrer dans les réseaux d’entraides et qu’il ne faut pas hésiter à s’en servir. Il faut en faire profiter les autres. C’est trop compliqué d’être seul, il faut penser réseau dès le début de son parcours ! D'ailleurs, je suis prêt à aider toute personne qui est passée par les équivalences et qui souhaite venir pratiquer à Paris.

 

Enfin, je conseillerais de profiter au maximum de la possibilité de voyager que l’on a quand on habite à Montréal, il faut s’ouvrir l’esprit.

 

Question piège : Quelle est ta perception de Cheminement Équivalences?

 

Je trouve que Cheminement Équivalences est une association très bien intentionnée. Elle a été créée par des personnes qui sont passées par le processus des équivalences et je trouve cela très sain, voir même essentiel. J’invite vraiment tout le monde à s’y rapprocher.

 

Merci Harry d'avoir accepté de partager ton expérience avec nous et de ta participation à la première réunion d'information de Cheminement Équivalences à Paris, le 16 septembre 2015. Nous te souhaitons, à toi et à Alto Avocats, le meilleur pour l'avenir!