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Me Stéphane Minson

Entrevue réalisée par Alice Boivinet, août 2015

Membre de Cheminement Équivalences depuis la première heure, Me Stéphane Minson exerce en qualité d’avocat au Québec depuis 2002. Il pratique aujourd’hui au sein du cabinet Aviso Legal S.A. qu’il a fondé en juin 2012 et a accepté de partager son parcours dans notre série de profils « Rencontre avec ».

1) Quel a été ton parcours avant d’arriver au Québec?

 

J’ai suivi mes études universitaires hors Québec à Aix-en-Provence, en France. À l’issue des deux premières années, qui étaient à l’époque sanctionnées par un Diplômes d’Études Universitaires Générales (DEUG), j’ai été sélectionné pour pouvoir suivre un double cursus en 3 ans combinant l’obtention d’un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées (DESS) et d’un Magistère en droit des affaires, fiscalité et comptabilité. J’avoue que j’ai été très flatté d’être invité par l’Université à participer à cette formation de qualité alors que je n’y avais pas présenté ma candidature et que la sélection était très sévère. J’ai donc suivi cette formation alors même qu’à l’époque j’avais un intérêt plus marqué pour le droit public que je trouvais, et trouve toujours, plus intellectuellement stimulant que le droit des affaires.

 

Dans le cadre de cette double formation, j’ai eu la chance de partir deux semaines à Toronto durant lesquelles j’ai passé une semaine à l’Université et une semaine en stage d’observation dans un cabinet d’avocats, Goodman & Carr llp.

 

J’ai terminé cette double formation en 1995 et après avoir insisté auprès de mon Université, j’ai obtenu la possibilité de partir l’année suivante en échange avec l’Université Osgoode Hall, à Toronto. Lorsque je suis parti, mon niveau d’anglais était moyen, mais c’est sûr que j’y ai beaucoup progressé.

 

Le retour en France, à Aix-en-Provence, a été un peu difficile, j’ai eu quelques expériences variées : j’ai co-fondé un bar étudiant, travaillé comme juriste pour un avocat généraliste puis dans une petite entreprise. Je ne voulais pas être avocat plaideur, cela ne m’intéressait pas vraiment.

 

2) Pourquoi avoir choisi d’immigrer au Québec?

 

Après mon expérience à Toronto, je me suis rendu compte que je n’avais pas envie de rester à Aix-en-Provence, et en général, pas en France. Dans le cadre de mon travail en entreprise, je suis parti à Montréal pour quelques jours. J’ai tout de suite aimé la ville, j’ai été séduit par la culture des gros cabinets et en rentrant j’ai décidé de m’installer à Montréal avec ma copine. Je suis arrivé au Québec en 1998.

 

3) Qu’est ce qui t’as poussé à te lancer dans les équivalences?

 

Bien qu’avocat n’était toujours pas nécessairement ce que je voulais faire, j’ai réalisé que le métier de juriste ou de fiscaliste n’était pas reconnu au Québec. Moi, je voulais simplement faire du conseil juridique, je ne souhaitais pas plaider. Mais bon, il a fallu passer par là car il n’y avait pas d’autre voie. J’ai donc présenté une demande au Comité des Équivalences du Barreau.

 

4) Peux-tu nous résumer ton parcours d’équivalences?

 

L’Université – Le Comité des Équivalences m’a imposé 45 crédits universitaires, soit 15 cours. Je les ai tous suivi à l’Université de Montréal. À l’époque -  je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui - mais l’UQAM n’avait pas une très bonne réputation. J’aurais aussi pu aller à l’Université McGill mais le processus d’inscription n’était pas très enthousiasmant puisqu’il fallait présenter des lettres de recommandation; comme je voulais en terminer au plus vite, l’Université de Montréal s’est avérée être la meilleure option.

 

J’ai fait les 15 cours en quatre sessions à la Faculté de droit. J’avais donc cours en journée. Les cours, je ne les pas trouvé difficiles car ils étaient d’un niveau DEUG. J’ai eu de très bonnes notes dans les cours qui m’intéressaient (A et plus) mais j’ai toujours détesté le droit judiciaire et cela s’est reflété dans mes résultats, baissant passablement ma moyenne!

 

D’ailleurs, à ce propos, je trouve que le Comité m’a imposé des cours qui n’étaient pas forcément nécessaires. Je pense en particulier au droit des obligations issu du droit des obligations français. Je crois que c’est toujours le cas : certaines matières imposées par le Comité ne se justifient pas par rapport à la formation universitaire française.

 

Durée – Lors de mon passage à l’École du Barreau, il n’y avait pas le choix de la durée. Elle s’étalait sur une année universitaire.

 

Barreau – Je ne garde pas un très bon souvenir de mon passage par l’École du Barreau. Je m’y suis ennuyé, trouvant que l’enseignement était basique et que l’on n’approfondissait jamais rien. En gros, il s’agissait d’un vrai bourrage de crâne en vue des examens de fin d’année. Pendant toute la durée de l’École, j’ai travaillé à temps plein, et seulement à temps partiel durant les périodes d’examens.

 

Examens – À mon époque, il fallait réussir chaque matière, ce qui engendrait un fort taux d’échec. La forme des examens était somme toute assez identique à la forme actuelle, du moins d’après ce que l’on m’a dit. C’étaient des examens écrits composés de QCM et de questions à réponses courtes.

 

J’ai réussi toutes les matières, à l’exception de deux lors de ma première tentative. J’ai donc été obligé de les recommencer l’année suivante. Lors de ma seconde tentative, j’ai eu à demander la révision d’un des examens, d’ailleurs une grande majorité des étudiants a demandé cette révision, ce qui m’a permis de valider le Barreau en 2002. C’est pourquoi je conseillerai, en cas d’échec, de ne pas hésiter à demander une révision de sa copie.

 

Stage – Je n’ai pas eu à chercher de stage puisque je travaillais déjà depuis le début de mon parcours d’équivalences pour Me Hugues Langlais au sein d’un cabinet boutique en immigration. Ce dernier a été absorbé en 2001 par le cabinet Jolicoeur Lacasse SENCRL. C’est cocasse parce que ce même cabinet avait déjà refusé trois fois ma candidature, notamment dans le cadre de la Course aux stages. Je n’avais d’ailleurs décroché que des premières entrevues lors de mes candidatures à l’occasion de cette fameuse Course. Je suis donc vraiment entré par une porte dérobée chez Jolicœur Lacasse.

 

J’ai effectué mon stage naturellement sous la supervision de Me Langlais. J’avais déjà la chance d’avoir mes dossiers en immigration et je pratiquais aussi en fiscalité internationale et affaires internationales. J’ai été engagé à l’issue de mon stage et l’objectif était clairement de développer la clientèle française. Au sein du cabinet, pendant des années, j’étais le seul français. Une autre avocate française s’est ensuite jointe à nous au bureau de Québec. Plus largement d’ailleurs, à l’époque, les français n’étaient pas bien nombreux dans la communauté juridique montréalaise.

 

5) Quel a été ton parcours depuis l’obtention de ton titre professionnel?

 

Je suis resté durant dix ans chez Jolicœur Lacasse. J’y ai pratiqué exclusivement en droit des affaires international au sein du département des affaires internationales. J’ai quitté le cabinet en 2011 parce que je ne voyais aucune perspective favorable dans ce bureau en raison du départ imminent des fondateurs. J’ai donc choisi de partir à mon compte.

 

J’ai d’abord bénéficié d’une domiciliation au sein du cabinet d’un ami avocat, Anderson Sinclair avocats Ltée. Puis au bout d’un an, en juin 2012, j’ai fondé Aviso Legal SA avec un concept bien particulier.

 

6) Que fais-tu aujourd’hui?

 

J’aime beaucoup ma nouvelle pratique. Je travaille dans les domaines qui m’intéressent à savoir l’accompagnement d’entreprises ou d’entrepreneurs français au Québec. C’est aussi ça qui est important, pouvoir choisir dans quels domaines on a envie d’exercer. Ma clientèle actuelle se constitue essentiellement d’investisseurs étrangers et de leur famille. C’est-à-dire une mini-structure de family office.

 

Aviso Legal S.A. est un bureau virtuel, c’est-à-dire que je travaille essentiellement de chez moi avec une domiciliation grâce à Regus. Tout mon cabinet est sur le cloud, y compris les avocats conseils avec qui je travaille de temps à autre.

 

Le but, c’est évidemment de réduire tous les coûts de fonctionnement qui sont énormes pour les cabinets d’avocats et qui n’en améliorent pas pour autant la qualité du service juridique. J’ai tout simplement fondé un bureau sans papier et sans personnel auxiliaire qui utilise des ressources externes spécialisé au fil des besoins. Je maximise le recours aux technologies. Par exemple, lorsque j’ai besoin, je recours aux services d’une secrétaire virtuelle qui travaille de chez elle. Je lui attribue les tâches par le biais de mon serveur sécurisé et elle a accès au dossier concerné sur le cloud. Je pratique de la même manière avec les avocats-conseils. De même, il n’est pas nécessaire pour bien servir ses clients d’avoir un bureau à temps plein en plein cœur du quartier des affaires de Montréal. Lorsque j’ai besoin, j’utilise une salle de conférences pour rencontrer mes clients. C’est beaucoup moins coûteux pour moi, donc pour le client.

 

Je travaille donc sur les coûts fixes pour offrir un service de qualité à des tarifs raisonnables. Mon tarif actuel se situe autour de 250,00 $/heure.

 

7) Quels sont tes projets?

 

Je souhaite continuer dans la même dynamique et développer mon bureau virtuel. L’objectif, c’est de travailler en collaboration avec d’autres avocats indépendants pour éviter de devoir créer une structure avec toutes les complications que cela peut amener, et d’y arriver grâce aux technologies.

 

C’est clairement l’avenir, même si je conçois que pour l’instant cela soir encore un peu déroutant pour la profession. Je m’inscris vraiment dans une tendance enthousiasmante. D’ailleurs, je crois que progressivement le métier d’avocat va « s’ubériser » [NDLR : C’est-à-dire qui va subir une transformation rapide des rapports en place grâce au numérique. Mot dérivé de Uber, entreprise qui permet la mise en contact des utilisateurs avec des conducteurs réalisant des services de transport grâce à une application mobile].

 

Parallèlement, je veux faire évoluer ma pratique pour ne plus faire que du conseil stratégique en matière d’implantation d’entreprises et accompagner des immigrants investisseurs francophones dans leurs projets canadiens

 

Je fais déjà un peu de formation sur le cloud. J’aimerais vraiment que la communauté développe un véritable engouement pour ces technologies, en particulier pour tous ceux qui travaillent avec l’étranger, cela représente des économies énormes. C’est évidemment très intéressant pour tous ceux qui veulent s’installer à faibles coûts.

 

8) Quelles sont les difficultés auxquelles tu te confrontes?

 

Je ne rencontre pas de difficultés particulières. Cela étant, c’est un milieu compétitif, il faut savoir développer et conserver sa clientèle.

 

9) Si tu le pouvais, que referais-tu différemment?

 

Je suis resté quand même 10 ans chez Jolicœur Lacasse. J’y ai acquis une belle expérience, mais si je devais le refaire, je partirais plus tôt à mon compte parce que cela me correspond vraiment bien.

 

10) Quels conseils donnerais-tu à nos membres?

 

Il y a plusieurs choses. Mon premier conseil serait celui de ne pas faire l’erreur de penser qu’il n’y a que les cabinets d’avocats. Il y a bien d’autres types de structures où travaillent des avocats. Et notamment évidemment le secteur de l’entreprise. D’ailleurs je pense que c’est quelque chose qui m’aurait plu. C’est un milieu plus ouvert que les cabinets.

 

Je crois aussi qu’il faut oser et apprendre à valoriser sa différence. Moi, mon emploi dans mon premier bureau, je l’ai obtenu au culot.

 

Enfin, l’engagement dans du bénévolat dans le secteur juridique est selon moi un excellent point de départ. C’est évidemment très enrichissant sur le plan humain, et souvent les gens y trouvent des choses auxquelles ils n’avaient pas pensé.

 

Enfin, pour ceux qui possèdent déjà une pratique dans leur pays, je leur conseille de la conserver. Travailler à l’international, c’est de toute façon l’avenir. C’est Me François-Xavier Simard qui m’a appris ça, c’est un avocat visionnaire. Un véritable homme d’affaires, co-fondateur de Jolicœur Lacasse, qui travaille désormais chez DS avocats.

 

Question piège : Quelle est ta perception de Cheminement Équivalences?

 

Cheminement Équivalences est une très belle initiative. C’est outil formidable pour développer son réseau professionnel, ce qui est très difficile à faire seul. Il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur une structure qui permet de faciliter les choses.

 

De plus, je vois Cheminement Équivalences comme la possibilité de créer, pourquoi pas,  un lobby susceptible de défendre les intérêts des juristes étrangers. Il est important d’agir en bloc vis-à-vis de la communauté juridique montréalaise. Elle devrait faire beaucoup plus appel aux juristes étrangers, biculturels, pour traiter avec la clientèle étrangère. C’est fondamental dans une bonne relation client.

 

Selon moi, pour une structure, prendre en considération l’importance de l’interface culturelle pour prendre en charge la clientèle est extrêmement importante. Et c’est là que les juristes étrangers apportent une véritable valeur ajoutée.

 

Merci Stéphane d'avoir accepté de partager ton expérience avec nous, et de ton soutien depuis le lancement de Cheminement Équivalences. Nous te souhaitons le meilleur pour l'avenir!

 

 

 

 

 

Crédits photo: Alison Abdelli